Partager l'article ! NOSTALGIE : UNE SELECTION DE LETTRES DE JEAN-PIERRE HEBERT: En début de cette année 2011, je publiais le court communiqué (ci-dessous) concern ...
En début de cette année 2011, je publiais le court communiqué (ci-dessous) concernant le décès de Jean-Pierre Hébert. Nous fûmes amis des dernières années au lycée jusqu’à celles où l’on entre dans la vie salariale (« pour perdre sa vie à la gagner » disait-il à l’âge de 16 ans) se mettre en couple et procréer. Rien de tel pour Jean-Pierre, commencée sous des auspices flamboyant sa vie aura été marquée au signe du malheur. Son jeune frère se tue en voiture. Il décède après ses parents. Dans ce petit appartement du 15ème arrondissement, une famille entière de bretons montés à Paris est partie en cendres. Il n’en reste rien apparemment, rien du rôle que Jean-Pierre a joué, des espoirs de transformation du monde pour lesquels il s’est battu si longtemps, dédaignant toute carrière dans ce monde bourgeois où ses capacités auraient fait merveille. J’aurai longtemps un goût amer à la bouche, comme pour tout ceux qui ont combattu ainsi pour cette révolution qu’ils auront rêvée, et qui resteront dans l’immense galaxie des anonymes disparus alors que des merdes encombrent les livres d’histoire de leurs médailles, de leurs petites carrières, de leurs petites cravates… Oui un dégoût amer j’ai !
Jeune lycéen il a toujours été un wagon en avant de nous. Formé par les meilleurs marxistes restés en Europe (la poignée d’ex-militants de S ou B qui avaient refusé de suivre Castoriadis dans sa capitulation au profit de l’idéologie bourgeoise, Jean-Pierre est devenu ensuite très vite critiques des errements de S ou B au contact des textes des Gauches italienne et allemande, traduits et publiés par Camatte. Sans jamais devenir bordiguiste, il restait très attaché à la fonction du parti mais aussi moqueur du catastrophisme économique de Révolution Internationale. Après avoir participé à la fondation du petit groupe Gauche Marxiste, il se heurte très vite à une structure organisationnelle rigide (le chef Bremner lui « casse » ses exposés). Le groupe lui-même est en deçà de sa filiation avouée S ou B et PO et n’est plus qu’un croupion gauchiste qui veut jouer dans la cour des grands barnums trotsko-maos qui le méprise. Le plus gave est son alignement sur la position anti-classiste de l’antifascisme hystérique des chapelles gauchistes contre une extrême droite française qui n’est même pas qualifiable de fasciste. Hébert est le premier à dénoncer cette glissade face aux intellectuels de la GM (étudiants qui finiront pour la plupart à des postes très bourgeois), ainsi que l’aplatissement devant l’idéologie syndicaliste : à la seule grève où la GM eût un représentant (postier) celui-ci appela à l’arrête de la grève en… solidarité avec les permanents syndicaux !
Jean-Pierre part ensuite à l’armée, alors que je persiste à rester dans cette organisation, pensant aider à la redresser. JP me tance de me barrer au cours de ses lettres successives, et se laisse aller à un cynisme et un humour ravageur, parfois pénible à supporter et que je laisse encore passer. Je finirais moi aussi par abandonner ce groupe qui se dissout peu à peu lui aussi la crise du gauchisme « armé » (et qui tombe dans le piège de Marcellin en allant jouer du bâton contre les « fafs » et se font dissoudre. JP m’écrit encore alors qu’il est à l’armée. Même s’il continuera à participer à des réunions théoriques d’un niveau élevé avec les futurs fondateurs de « Communisme ou Civilisation » puis les Robin Goodfellow, cet homme très cultivé (nourri de multiples lectures, des surréalistes à Miguel de Unamuno, de Bataille au roman noir américain – il était une référence au lycée et un premier de classe étonnant, lui fils d’ouvrier de Renault-Billancourt, au milieu de tous les fils de riches de Buffon) – révèle un ton et une capacité littéraire capable de compenser son désenchantement de la politique. Il était bien l’animateur de nos gorges chaudes depuis 1968 concernant ces multiples sectes gauchistes qui se prosternaient devant les icones tarées Mao, Castro, Staline, etc. sans oublier Trotsky et son compère Lénine. Il aurait pu « compenser » en écrivant de meilleurs polars que Delteil, avec qui il était ami (nous avions fait partie des mêmes comités contre l’expulsion des locataires maghrébins dans le XVème) ou Manchette (qui fût très vite notre « auteur » préféré). Sa vie fût celle tristounette d’un petit comptable alors que nous projetions pour lui une grande destinée. Beaucoup, on l’oublie, se sont suicidés dans le ressac du mai 68.Il savait être insupportable dans ses relations amicales ou amoureuses, destructeur même au point où je lui ai dit de me lâcher la main.
Ce perpétuel angoissé a fini par se tuer à petit feu, avec l’alcool. Il méritait cet hommage malgré tout, un choix des lettres qu’il m’écrivit au début des 70. Il existe bien d’autres écrits de sa plume qui savait alterner vulgarité et clinquant des phrases, dans le journal Lutte continue de la GM, dans ses bulletins internes mais où il adoptait un ton rigoureux pour dénoncer dérives politiques ou tares organisationnelles (et certainement d’autres écrits de la maturité que ses vieux camarades de Robin Goodfellow laissent sans doute à la critique rongeuse des souris). Je ne possède plus ces textes. J’ai hélas confié à l’Institut d’histoire sociale d’Amsterdam les archives de la GM (son journal et bulletins interne, ainsi qu’un court historique) et c’est trop loin pour que je puisse aller les consulter ;
Son immense connaissance des textes des auteurs fantastiques, de sciences fictions, de Borgès, transparaît dans ses « délires » qui accompagnent en privé ses prises de position maximaliste correcte, n’était-ce pas après tout une compensation « utopique » et « comique » face au triomphe médiatique des imbéciles gauchistes, progénitures aldutérines d’un stalinisme gaga ?Il avait été particulièrement marqué par le film de Kubrik « Orange mécanique » - qui symbolise finalement la dissolution de toute valeur et le triomphe d’une morale bourgeoise impuissante à redresser ses jeunes « nihilistes » ; c’est pourquoi il ne m’appela jamais camarade mais « mon frère », et alourdit quelques fois ses délires des mots abstraits du film « culte ».
Jean-Pierre Hébert (1950-2011)

Il a été - lycéen à Buffon - le mentor marxiste de plusieurs d'entre nous. Il fût le plus brillant et le plus cultivé de notre génération, caustique comme un breton sait l'être. Il nous avait
appris la dérision de la politique. Il a été en 67 et 68, un des plus dynamiques animateurs du CaL Buffon et de plusieurs groupes. Formé par les anciens de Sou B et Pouvoir ouvrier, il avait
participé à la fondation de la Gauche Marxiste en 1972, puis s'était éloigné de la politique après une période de recherche académique sur le marxisme, une relecture du Capital. Il aura été un
éclaireur. Sa bougie s'est éteinte samedi dernier. Toute notre tristesse va vers ses amis et camarades de Robin Goodfellow qui l'ont connu et apprécié pour ses capacités.
LETTRE MANUSCRITE depuis Vanves le 19 juillet 1972, à 0 heure 52.
Mon cher Béria,
J’ai reçu, voici quelques temps un important document signé JL. Me méfiant de la CIA, des RG, du NKVD et autres officines comme des bons sentiments, je me suis bien gardé de t’écrire. Bien qu’il n’y ait aucun doute dans mon esprit sur l’expéditeur réel de cette lettre je vais faire « comme si » tu me l’avais envoyée (tout çà pour rire). Adonques tu trouveras ci-dessous une ligne de points (une ligne c’est peu mais je suis fatigué) que tu pourras remplir à ta guise par les rermerciements d’usage et compliments quant à la qualité littéraire :
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Et maintenant voici les dernières nouvelles du marxiste isolé. D’abord le cadre : (tudieu il est maintenant 1 H) je suis dans ma chambre, la nuit est noire et il y a du brouillard. Je vois tout çà par la porte-fenêtre, car ma chambre est au rez-de-chaussée, chez des gens (une minute, ô mon frère, que je boive un coup). Cette chambre est grande, plus de deux fois ta salle à manger, et pourtant peu meublée : un grand lit, un grand buffet, un grand coffre, une cuisinière (à charbon), deux réchauds, deux placards (sous les réchauds) deux chaises, une table, des plantes vertes. Le sol est recouvert d’un épais tapis de ciment, les murs sont peints en rose et là, devant moi, il y a une cheminée condamnée. Sur la table il y a mon blog, mon coude, ma poitrine. Il y a aussi un cendrier, rond et en verre, avec quelques mégots. Il y a une chemise en carton orange à fermeture mécanique avec dedans des papiers d’une importance capitale ; il y a une bouteille de « Vabé », pleine de flotte, un gros verre, une lampe électrique, quelques saloperies, un paquet de Gitanes, « Le voleur », le « Manuel de zoologie fantastique de Borgès, « Histoire et conscience de classe », un truc sur le « nouvel Etat industriel » de Galbraith, « La chair de l’orchidée » de Chase et une lettre pour Milou. Il est 1H15. Bref, comme tu peux en juger, la Bretagne est un beau pays.
Bon, ben maintenant y en ras le bol, je suis fatigué, j’ai mal dans le dos et dans le goliwalk, alors tant pis pour ta gueule, je vais me coucher, et c’est pas une fausse sortie, et pis t’attendras bien un peu. Et pis j’t’avais déjà écrit une lettre jeudi, et pis j’l’ais pas envoyée parce que, à ce qu’on dit, la poste çà marchait pas. Alors j’ai trouvé un peu con d’expédier un vieux truc et j’t’en fais une autre. T’es gâté, non ? Bonne nuit.
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11H47. Il ne fait pas beau. Çà y est je suis levé. Où en étais-je ? Ouais, c’est bien gentil tout çà, mais je pense m’être suffisamment vengé. Je t’imagine lisant la description (fidèle) de la p.2 puis poireautant une nuit pour lire la suite (c’est comme çà qu’il faut faire). Bon, maintenant j’abrège. Et pourtant il y en a des choses à raconter : mes « randonnées sauvages en mobylette » par exemple (comme disait le nouveau Zola). L’autre jour, j’ai fait dans les 100 bornes, mais, vois-tu, (non tu ne voies pas, t’es encore bourré je parie), c’est pas facile de jouer à saute-camion avec cet engin-là. L’année prochaine j’achèterai un tank.
Samedi soir, dans la famille, on a fait un super-méchoui bien karacho. Je suis revenu sur le coup de 4 H ( ?) c’était épique, ô mes frères et mes seuls amis, cramponné sur ma mobylette je fonçais dans la nuit et le brouillard et j’étais pas en très bon état. Autre chose : espérons que, parvenue au pouvoir, l’Union de la gauche fera un effort particulier dans le domaine de l’éducation des employés bretons de la SNCF. Qu’on leur apprenne au moins à lie. Car manifestement ils ne savent pas, les pauvres (versons une larme sur le triste, très triste, ô combien triste sort du peuple). C’est pourquoi ils on envoyé ma mobylette à Lannion (et Lannion, c’est pas là qu’il fallait l’envoyer, c’est trop loin). Pour passer, comme tu le fais avec tant d’aisance, ô mon frère, du coq à l’âne, je vais causer un peu politique.
VIETNAM : ça magouille, ça gratouille, ça grogne et ça rogne. BOF : que les magouilleurs magouillent, que les centristes grignotent, que les droitiers droitisent et que les marxistes partent en vacances.
La décision quant à l’application des décisions qu’ont pas encore été décidées n’est peut-être pas des meilleures (et même si, sur cette question, la gauche l’emporte haut la main au premier round). Comme c’est pas vital il faudrait quand même prévoir des possibilités d’expression des opinions minoritaires (dans le journal ? ou en précisant dans la propagande qu’il y a plusieurs positions ?) ; à voir.
Quant à la brochure sur l’impérialisme, j’sais pas trop ce qu’il y a dedans – espérons quand même (l’espoir fait vivre) qu’il n’y aura pas de publicité clandestine pour « l’anti-impérialisme ». Point suivant : tu sembles t’inquiéter d’éventuelles tendances chromosexuelles[1] dans le group : tu devrais faire un texte là-dessus pour le bulletin intérieur.
Cloisonner le groupe : problème à traiter avec prudence et précaution. Actuellement les AG ne sont pas d’un poids insupportable et le fonctionnement en sous-groupe n’est ni une panacée ni exempt de dangers (je n’insiste pas). Pour que les « secteurs » ( !) marchent il faut :
1) Un boulot solide à faire
2) Une organisation encore plus solide.
Sinon le découragement risque d’apparaître, nous serons encore moins à nous regarder et « s’il n’y rien à faire on ne fait rien » (variable : si on ne voit pas pourquoi il y a des réunions, on n’y va pas) – l’être humain est ainsi fait, ô mes frères et mes seuls amis, et c’est bien triste. Le seule exemple dont nous disposions actuellement, celui du XVème, n’est pas très affriolant. C’est vrai qu’il n’y a pas eu grand-chose, mais c’est vrai aussi que par rapport au reste c’est déjà çà. La Seine Saint Denis est encore, si je ne m’abuse, à l’état de projet et en milieu étudiant, çà n’a pas l’air de payer tellement. C’est là, comme je l’ai souvent répété à un psychologue de mes connaissances, un problème d’organisation (parenthèse : pour ce qui est de ma position sur le « rôle des individus dans l’Histoire » et leurs « fautes », cf. Lukacs « Histoire et conscience de classe », pp. 338-339).
Quant au parti, çà n’avance pas des masses. Je t’en reparlerai une autre fois pace qu’il est minuit et demi et que j’ai faim. Je comptais m’attaquer ensuite aux théories keynésienneset à S. ou B. et puis Serge m’a écrit pour me parler d’autogestion. Délicate attention, on ne peut même plus faire ce que l’on veut. Bon, c’est pas le tout, mais faut que j’bouffe, ô mon frère, il est 12H35et on entend le bruit d’un tracteur. La prochaine fois je te parlerai de la Bretagne. Amuse-toi bien à EDF.
Grosses bises à Anouk, à Virginie, à Blanchard, à Bremner, à Augustin, à Christine, à Diplo, à Ducoin, à Daniel, à Gautier, à Mandrin, à Mac, à Milou, à Ogier, à Péron, à Sanchez, à Vijoie, à Vincent (si j’en oublie c’est pas volontaire), aux gens du BC et du GSR, à Brotsky si tu le vois.
Si tu rencontres Rigaux, crache-lui sur la gueule de ma part.
Salut mon pote.
Moi (JP)
LETTRE DACTYLOGRAPHIEE de Paris le 16 juin 1973 (envoyée à Marinca Porticio où j’étais en vacances)
Mon bien cher frère,
J’ai reçu ton texte. Je suppose que si je ne sacrifie pas à ta manie « Madame de Sévigné » ou »correspondance Marx-Engels en 10 volumes », je me verrais obligé de rentrer à pied lorsque… Donc voici quelques nouvelles brèves :
La première bombe (une vieille bombache des familles) est tombée mercredi à 5H26, heure locale su la côte ouest de l’île d’Oléron. (Le black out ayant été particulièrement rapide et efficace, la Corse , n’a sans doute pas été informée). Si étrange que cela paraisse il n’y a pas eu de riposte : les officiels ont déclaré qu’ils ne voulaient pas s’engager à la légère, mais d’après « Libération » il y aurait une panne d’ordinateur. Selon les experts le missile serait d’origine sud-américaine, mais cela est bien improbable. Le président Pompidou, homme sage bien qu’affaibli par la maladie, a passé en revue toutes les possibilités, y compris les « martiens » (c’est l’opinion de Chromo) et Ordre Nouveau (M. Pompidou venait de terminer « Les assassins de la terre » de Van Vogt).
- « Cette grossière provocation dirigée contre le Programme Commun de Gouvernement se heurtera au calme et à la fermeté des travailleurs et des démocrates qui manifesteront en masse, ce soir, de la République à la Bastille, pour la fraternité internationale des peuples ou la défense de la patrie contre l’impérialisme suivant les informations qui nous seront parvenues ». (COMMUNIQUE DU BUREAU POLITIQUE DU P.C.F.)
- « Le capitalisme, çà tue, çà pue, çà pollue » (EDITORIAL DU N° SPECIAL DE « LA GUEULE OUVERTE » ;
- « La catastrophe d’Oléron est la manifestation directe et brutale de la grande crise économique de surproduction qui commence. Désormais le choix est clair : révolution ou destruction de l’humanité, SOCIALISME OU BARBARIE ! » (REVOLUTION INTERNATIONALE).
- « … Tant au niveau de son effet immédiat qu’à celui de ses conséquences plus lointaines il y a là une agression du mouvement révolutionnaire qui vise, suivant un plan mûrement réfléchi, à la destruction de l’avant-garde politique la plus radicale, ceci afin de déstructurer la Gauche ouvrière et de lui faire accepter le travail de Merde, aujourd’hui la constitution de comités politiques relativement autonomes est plus que jamais à l’ordre du jour ! A BAS LE TRAVAIL ! A BAS LA GUERRE ! STRUCTURATION DE LA GAUCHE OUVRIERE DANS DES COMITES POLITIQUES RELATIVEMENT AUTONOMES ! (Tract de la « Gauche Marxiste ») »
- « AUTODEFENSE OUVRIERRE »… « … Ce soir, de la Bastille à la République, tous à la manif unitaire de la Ligue, du F.S.I., des comités rouges, des groupes « taupe rouge », du C.D.A., des cercles rouges lycéens et d’autres organisations révolutionnaires : CONTRE LA GUERRE, POUR UN GOUVERNEMENT DE TRANSITION AU SOCIALISME !... « Il est regrettable que les camarades de Lutte Ouvrière… » (APPEL DE LA LIGUE COMMUNISTE A LA MANIFESTATION DU 14 JUIN).
Et il y en a des tonnes comme çà…
Quelques coupures de presse et informations diverses. Les divers journaux écologiques sortent un numéro commun, bordure noire, titre en rouge : « C’EST RAPE ! ».
Chromo, voulant prendre contact avec Révolution Internationale, se rend à la permanence indiquée sur leur tract : personne. Milou les a rencontrés à Orly partant pour le Venezuela. « Le Monde » (édition métropolitaine) du 14 remplit sa première page avec un article de « J.F. », titre : « La bombe », conclusion : « … Le drame d’Oléron aura sur la vie politique française des conséquences imprévisibles ». Dans une « tribune libre » publiée par « Le Parisien Libéré », M. R. Marcellin, ministre de l’Intérieur, cherche les causes profondes : « Si nous voulons chercher les causes profondes de ce drame, nous devons réfléchir sur la crise de notre civilisation, sur la contestation systématique, qu’on nous a trop souvent présentée comme inoffensive, et dont nous voyons maintenant les conséquences. Nous n’y avions pas pris garde, nous n’imaginions pas, libéraux que nous sommes, une telle abomination ; mais la catastrophe doit nous servir de leçon. C’est pourquoi, la sécurité de l’Etat et le bonheur de la nation étant menacés, nous avons décidé, conformément à la légalité républicaine… ».
C’est jeudi à 23H30 que sont tombées les trois autres bombes, à Castres (5 mégatonnes), à Issoudun (10 mégatonnes) et à Bobigny (200 Kt). Les missiles à gaz rouge ont commencé à tomber vers 2H vendredi matin, depuis çà n’arrête pas. Les premiers symptômes sont apparus vers 7H : plaques rouges, puis vertes, puis mauves, troubles de la mémoire, du comportement, de la vision, inhibition sexuelle, chute des cheveux, inflammation des muqueuses. L’analyse du gaz rouge n’a rien donné. Chromo, que j’ai rencontré ce matin à l’abri Saint Michel, dit que la Vodka est un remède efficace, si c’est vrai il ne risque rien. Je ne l’avais tout d’abord pas reconnu : chauve, imberbe, deux trous verdâtres à la place du nez (il l’a perdu dans la nuit), il titubait, serrant fébrilement une bouteille de Vodka (je ne sais pas si c’est à cause de la maladie ou de la Vodka) ; il avait l’air abattu et déclarait ne plus « croie à la révolution prolétarienne », mais il m’a également demandé si je ne pensais pas qu’il serait intéressant de faire une affiche sérigraphiée…
Nous allons vraisemblablement mourir de soif plutôt que de maladie. L’eau de la ville est contaminée, il ne reste plus une goutte d’eau minérale, la bière est pratiquement introuvable, le jus de fruit est un souvenir, le vin commence à être très rare, l’apéritif est tès cher, bientôt il ne nous restera plus que les alcools…
Son incapacité à faire tomber le gouvernement. Il a été remplacé par un « gouvernement socialiste de coalition et de transition » quelque peu hétéroclite :
- Premier ministre : Pierre Mendès-France
- Ministre de la Défense nationale : Jules Moch
- Ministre de l’Economie nationale : Michel Rocard
- Ministre chargé de la réforme administrative : David Rousset
- Ministre du Ravitaillement : Pierre Lambert
- Ministre de l’Agriculture : Bernard Lambert
- Ministre du Travail : Daniel Mothé
- Ministre de la Culture : Roger Garaudy
- Ministre des Anciens combattants : Pierre Frank
- Ministre de l’Intérieur : Jean-Edern Hallier
- Ministre de la Reconstruction : Charles Tillon
- Ministre chargé du Plan et de la transition au socialisme : Daniel Guérin
- Ministre de l’information : Jean Daniel
- Ministre des Affaires étrangères : Jean-Pierre Chevènement
- Ministre de l’Autogestion : Michel Pablo.
Pompidou est mort ce matin, il a été « provisoirement » remplacé par François Mitterrand. L’O.C.I. « participe activement » au nouveau gouvernement en tant « qu’aile ouvrière ».La Ligue communiste lui a accordé son soutien critique et précise que la participation de M. P. Frank, qui est une décision personnelle, ne saurait l’engager. La « Coordination des mouvements communistes marxistes-léninistes » déclare avoir rompu tout contact avec J. Eden Hallier. Le collectif « révolution contre le travail » déclare que le gouvernement n’est qu’un replâtrage du système et appelle à la structuration de la gauche ouvrière dans des comités politiques relativement autonomes. Le « comité de lutte contre l’agression extraterrestre » a lancé un appel à la constitution d’un « Front unique mondial interclassiste ». La Fédération radicale-socialiste du Rhône a décidé de soutenir le nouveau gouvernement.
Nous nous nous sommes réunis hier à l’Hôtel de ville, ordre du jour : La place du Capital dans l’oeuvre de Marx – La situation française et les perspectives du prolétariat – Les remèdes contre le gaz rouge – Plan de travail pour l’année à venir – Bilan – Enterrement de Chromo[2].
A part çà rien de neuf, rien que le train-train quotidien, monotone. J‘ai vraiment soif, je ne crois pas que cela durera très longtemps, mes doigts tombent un à un, mon œil droit est mort et je ne mange plus. Les effets psychologiques du gaz rouge sont très spectaculaires : vendredi soir j’ai vu des militants de la Ligue assaillir quelques rescapés de la G.M.et les dévorer tous crus, je n’en suis pas à ce point là : je les aurais fait cuire. Tout tombe en décrépitude, on crève à petit feu… Tu as l’autorisation d’utiliser ceci comme « MANUSCRIT TROUVE DANS UNE ENVELOPPE ». Je suis vraiment trop fatigué pour continuer.
Bonnes vacances !
Jean-Pierre.
LETTRE de Paris le 22 juin 1973 (lettre dactylographiée)
Mon bien cher frère,
C’est le 16 juin 1973 que la « GAUCHE MARXISTE » a franchi le Rubicon. Nous nous attendions à bien des choses de la part de cette pauvre organisation, nous avions écrit : « … elle peut encore « évoluer », c'est-à-dire dégénérer un peu plus » (Bulletin de Discussion n°8). Il faut dire cependant que la rapidité et l’ampleur de cette évolution nous ont supris :
« LIBERATION » - Mercredi 20 juin 1973 (p.8)
« APPELS A INTERDIRE LE MEETING D’ORDRE NOUVEAU :
Paris, 16 juin (APL) – « Les organisations soussignées exigent l’interdiction du meeting prévu le 21 juin à la Mutualité par le mouvement nazi Ordre Nouveau, dans le cadre de sa campagne contre la prétendue « immigration sauvage ». S’inspirant de déclarations de membres du gouvernement, tel M. Gorse, et s’appuyant sur la politique gouvernementale à l’encontre de l’immigration (circulaire Fontanet-Marcellin), Ordre Nouveau développe à cette occasion une campagne relevant du pur racisme, qui peut, comme à Grasse, aboutir à de véritables appels au meurtre. Dans l’hypothèse où le pouvoir tolèrerait la tenue d’un tel meeting, en infraction directe aux lois antiracistes, les organisations soussignées s’engagent à contre-manifester le jour même et appellent tous les antifascistes à se rassembler le 21 juin à 19Hau métro Cardinal Lemoine ».
Alliance Marxiste Révolutionnaire, Cause du Peuple, Ecole Emancipée, Gauche Marxiste, Gauche Révolutionnaire , Ligue communiste, Révolution, Révolution Afrique, Huma Rouge.
(Je cite in extenso mais peut-être l’as-tu déjà lu ? La Corse, c’est pas le Bélouchistan et « Libération » n’est pas « Lutte Continue » - beuark !).
Dans doute tes « responsables » se sont-ils dit : « bradons tout en vrac » ce qui est sans doute préférable à une liquidation morceau par morceau. Mais s’il ont voulu faire de ce 16 juin l’équivalent du 4 août pour la social-démocratie allemande, ils auraient pu trouver plus glorieux. Enfin maintenant les choses sont claires : sous la pression d’un opportunisme galopant, on se rue dans l’antifascisme (« appellent tous les antifascistes… ») le légalisme (« les lois antiracistes ») tout cela pour avoir le plaisir de cosigner un texte avec les staliniens d’H.R. !
Te souviens-t-il, mon frère, du temps où nous disions que des révolutionnaires ne sauraient en aucun cas demander (au gouvernement !) l’interdiction d’un meeting, parce qu’ils ne lui reconnaissent aucun droit de ce genre (sinon ils lui reconnaitraient aussi celui d’interdire les meetings gauchistes). Ici on va même plus loin : en substance on demande cette interdiction CONFORMEMENT A LA LOI !
Même Lutte Ouvrière n’a pas signé ce communiqué.
Piètre capitulation. Il ne m’intéresse pas de savoir s’il s’agit d’une magouille du C.E., qui bien que le C.R. et malgré la C.N. (commission nationale), sans prendre avis du camarade désigné, etc. ou des conséquences d’une trop forte absorption d’alcool… La présence d’UN individu, même stagiaire, défendant ces positions serait suffisante pour juger ce groupe. Le coup (un peu usé) de la « regrettable erreur » ne marche pas. Rideau.
Peut-être que je t’emmerde, comme dirait Cavanna, ô cher vacancier ! Tant pis, une chose comme çà, on ne les laisse pas passer et crois-moi on ne l’oubliera pas non plus (le numéro 34 de « Libération » nous allons le mettre sous verre « pour les générations futures »).
J’ai pas la forme, çà doit se sentir. Nous avons passé notre après-midi à charrier du charbon (au moins une tonne), j’en suis tout courbatu (tu me diras que transbahuter du charbon au mois de juin…). Quoi d’autre ? Je lis Franz Jakubowsky, « Les superstructures idéologiques dans la conception matérialiste de l’histoire » (E.D.I.). Le bouquin est meilleur que le titre ; dans la ligne de Lukacs, je te le recommande. Précface de J.M. Brohm, liguard pas trop con mais énervant qui tente de sauver Lénine, dont Jakubowsky dit la chose suivante :
« Le point de départ de Lénine également n’est pas la société humaine, mais la nature. Le matérialisme historique est chez lui un cas particulier du matérialisme philosophique (…) Tandis que Marx part de la « matière sociale », c'est-à-dire des rapports sociaux, Lénine part de l’existence de la matière au sens philosophique (…) Par là s’exprime le plus beau marxisme métaphysique, celui que Hegel caractérise dans la « Phénoménologie de l’esprit » comme étant l’autre aspect du théisme (que Lénine combat vivement) (…) Une fois la matière reconnue comme fondement de la théorie de Lénine, la Conscience perd sa réalité et devient une propriété de la matière, un simple reflet et une simple copie de la matière qui seule est réelle (…). Comme l’être n’est plus chez Lénine l’Etre humain social et historique, la conscience ne peut plus « former avec lui une unité ». Le matérialisme naturaliste et métaphysique de Lénine entraîne ainsi une séparation absolue de la Conscience et de l’Etre » (p. 131-132).
Et Jakubowsky a trouvé le moyen de devenir trotskyste !
Disons qu’il s’agit là d’un livre qui pourrait très bien servir à la formation des militants dans un groupe révolutionnaire (c’est à die pour lequel la formation ce n’est pas seulement un digest de « salaire, prix et profits » et un cours kautskyste sur le « matérialisme historique » et le « matérialisme dialectique »)… un groupe préoccupé bien sûr par autre chose que le respect de la loi et la défense de la démocratie… Ce bouquin a l’avantage sur « Histoire et conscience de classe » l’avantage de la clarté.
ET MAINTENANT LES NOUVELLES !
Péniblement j’ai repris ci-dessus quelques tucs que j’avais griffonnés hier soir dans un moment de lucidité, maintenant je n’en serais plus capable : les effets du gaz recommencent à devenir très graves. Je recopie : « le gaz rouge » agit essentiellement au niveau du cortex, mais ses effets (mes doigts ne sont plus que des boudins informes) sur la mémoire sont des plus surprenants : la confusion est totale ; la mémoire personnelle n’est plus distincte de la « mémoire historique », les processus de mémorisation sont complètement pétés, l’identité personnelle, les respect des convenances, tout çà c’est du passé, le réel et l’imaginaire c’est kif-kif » Sigmund Freud, « Le Monde » 27 mars 84.
« Pute Continue » est quotidien. Comité de rédaction : Honoré de Balzac, Saint Louis, Georges Montaron, Denfer-Rochereau. Secrétariat de rédaction : Bao-daï, Benito Mussolini, Michel-Ange Auteuil, la Nouvelle Revue Française… le gratin quoi !
Le gouvernement est tombé. On était un jour impair.
La « Moche Garxiste » (pour la désacralisation de l’océan Pacifique) s’occupe du Ministère de l’Agriculture, c’est le seul qui marche encore (si l’on peut dire).Des équipes spécialisées, sous la houlette de Poupoune IV, inca de Ménilmuche (grâce lui soit rendue dans le tréfonds des cieux) traquent les dernières automobiles pour nourrir la population. Le « groupement pour la sauvegarde temporaire des institutions » a décrété l’impôt « en nature » : une livre de chair par semaine ( la nouvelle semaine aérodynamique compte 2 jours de 36 heures, on s’y fait). La chair prélevée sert à l’alimentation des perroquets privés de S.M. l’empereur.
« La Marseillaise » a été déchue des fonctions d’hymne national, néanmoins elle ne sera pas exécutée. Elle a été remplacée par l’intégrale R.C.A. de la « Damnation de Faust » dirigée par Henri Pescarolo. Chaque citoyen français est tenu d’assister à la messe tous les matins. Evangile pemanent : « je vois un homme assis dans un fauteuil, et le fauteuil lui mord la jambe » de Robert Sheckley et Harlan Ellison. Les fAUTeUiLs D’egLisE sont particulièrement voraces. Le couvre-feu imposé de 6H à 13H, les pigeons tirent à vue sur les contrevenants, ce qui rend très périlleux l’accomplissement des devoirs religieux.
Les gens deviennent translucides, ce qui est gênant. Les gens deviennent solubles, mais il n’y a plus d’eau et, heureusement, il ne pleut pas. LeS GeNs deviennent sucrés, on s’y fait. Le ciel tombe en morceaux, quand il fait beau. Les pavés sont comestibles bien que d’un goût désagréable. Serge a compris la dialectique.
La gauche OU vri èRE s’est structurée dans deS COmiTés pOLItiqueS elativement AU ton omes, pogramme : la grande Bouffe (deux jeunes vierges lui ont été remises en tribut pour la « moche Garxiste »). On annonce la fusion de la Fédération Française des Echecs et du Part Communiste Français.
J’habite au XIIIème siècle, il y fait très frais.
La Corse a été rayée de la carte, tu n’existes plus, Anouk idem. Je ne puis donc vous souhaiter quoi que ce soit.
Jean Pierre
PS : AAAAAARRGGGgg…
LETTRE de Paris le 26 juin 1973 (lettre dactylographiée)
O mes frères !
Je suis bien content. Ainsi, malgré quelques penchants psychologiques, gros lycéens, apolitico-démocrato-pathologiques, tu as su maintenir des positions « de classe ».
Bien.
REMARQUE : La « matérialisation pour l’intervention » ne t’as pas épargné. Tu te souviens, en effet, que pour ces gens la lutte de l’IRA est révolutionnaire parce que, « objectivement », même si les types de l’IRA sont des charognes fascistes, elle porte la violence « au cœur du mode occidental » : elle a une valeur exemplaire ; idem ce qu’ont dit certains sur le Vietnam. C’est une bien vieille histoire. Il n’y a pas d’action « objectivement révolutionnaire », indépendamment de ses buts et de la conscience qu’en ont les acteurs, ceci pour la bonne raison que l’action révolutionnaire est une action consciente et cohérente avec son programme. Le coup de la « violence qui, objectivement, d’où qu’elle vienne et quels que soient ses buts », on nous l’a déjà fait, et souvent (t’as qu’à demander à Rouflak), aux Cahiers de Mai, par exemple, où nous répondions qu’une action n’est pas révolutionnaire parce que violente : les fafs aussi sont violents et le P.C., pendant la troisième période, ou en 1952 … (et contre les gauchistes alors !).
Non mon frère je n’ai rien contre la violence… pourvu qu’elle soit révolutionnaire, ce n’était pas le cas jeudi. Tu remarqueras d’ailleurs qu’il n’y avait pas un mot là-dessus dans ma lettre : le problème n’est pas de savoir si les mecs se sont bien battus, s’ils ont buté 5000 flics, étripé Marcellin, s’ils ont morflé, etc. Le problème est simplement de savoir « pourquoi » ils se sont battus, sur quels mots d’ordre… autrement il aurait fallu soutenir les gendarmes mobiles quand, en 1970, ils ont dû s’opposer aux flics pour les « modérer » !!!! On peut toujours dire que cette fois ce n’étaient pas des gendarmes mais des gauchistes. Erreur, d’après le communiqué il s’agissait « d’antifascistes », tout simplement, et Ben Saïd – dans « Rouge » - met les points sur les « i » en répondant à LO : « renoncer à mener ces batailles démocratiques, c’est considérer que le pouvoir de la bourgeoisie étant dictatorial par nature, il n’y a pas lieu de se préoccuper de ses variations. C’est à la limite considérer que la forme de ce pouvoir, démocratie parlementaire, dictature militaire ou fasciste, est indifférente aux travailleurs… ».
Nos démocrates ont d’ailleurs bien besoin du fascisme qu’on ressort régulièrement quand il n’y a rien d’autre (sans, d’ailleurs, chercher à l’exterminer : pourquoi n’ont-ils pas nettoyé Assas, alors qu’ils en ont les moyens ?). Après l’échec de la méthode Coué (« chaud ! chaud ! Le printemps sera chaud !) il a bien fallu trouver quelque chose. (Au fait, l’année dernière, il n’y a eu que quelques mao-stals pour essayer de s’opposer au meeting d’O.N. …). A l’heure de LIP (comme dit Le Nouvel Obs), les thèmes ne manquent pourtant pas…
« CONS DE PROLOS ! »
Les ouvriers de LIP sont des cons, ils ne font pas partie de la Gauche ouvrière (celle qu’il faut structurer dans des Comités Politiques relativement autonomes), non content de rester dans l’usine, toute infectée de l’odeur du travail, ils bossent ! Certes ils veulent de la richesse sociale, mais quand même ! Ils commettent la pire trahison par rapport aux mots d’ordre développés tant par la G.M. que par Matériaux pour l’intervention[3], le travail est le pire des crimes !
EN AVANT, CONTRE LE TRAVAIL, VERS LA STRUCTURATION DE LA GAUCHE OUVRIERE DANS DES COMITES POLITIQUES RELATIVEMENT AUTONOMES !!!
Normalement ils devraient dire çà… Ouais, pour conclure sur le Fascisme-fauteur-de-guerre je rectifierai ton communiqué de Jean Planchais :
« Les motifs démocratiques de la contre manifestation ne peuvent en aucun cas être approuvé, la discussion sur les méthodes est donc sans objet, ces affrontements entre les tenants de divers systèmes bourgeois ne nous concernent pas. Les contre manifestants de jeudi ne combattaient pas pour changer la société mais pour la défense « contre le péril fasciste ».
En ce qui concerne le « pacifisme » notre position est la suivante : nous considérons le fascisme comme une force politique « bourgeoise » et le combattons comme tel, s’il est nécessaire de la combattre violemment cette lutte doit être « révolutionnaire » : « battre le fascisme avec les armes de la révolution », il n’y a pas de différence à faire entre les fafs[4] et les autres. J’ajoute avoir souvent déclaré que si les fafs deviennent chiants, une Saint-Barthélémie…
Il fait chaud, une minute, je branche le ventilo…
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Bon, voici les dernières nouvelles :
Tout perspicace que tu es, tu as sans doute remarqué que mon état s’est amélioré depuis la dernières fois. Les choses s’améliorent : Chromo est ressuscité des morts dimanche matin.
« COMMENT J’AI SAUVE LA France.
Samedi, j’étais au bord du précipice, ne tenant plus, rongé, assoiffé, presque invisible, il me vint l’idée d’aller voir comment allait Paris (quel style !).
Je pris donc le téléphérique. A « Rouflak-Bienvenüe »[5] il y avait foule : les joueurs de lampadaires, les mangeurs d’enclumes, les rgjwch, les qqvspkllllll, etc. Soudain, près d’un bananier, je remarquais un personnage étrange, je me frottais les yeux pour enlever les croûtes et observais l’individu. A première vue c’était un paumé comme moi : translucide, couvert de croûtes, etc. Il avait une tête de cochon, mais lorsque je l’avais vu la première fois son visage ressemblait fort à un masque à gaz… (j’abrège)… une fois en possession du masque je me sentis beaucoup mieux et me mis à réfléchir. Ce qui était vraiment étonnant c’est que le cadavre du gus lui aussi semblait aller mieux : il reprenait figure humaine, ses croûtes disparaissaient, il redevenait opaque comme un honnête chrétien. Fouillant le cadavre je découvris la traditionnelle enveloppe (le petit indice !), ainsi libellée : « centre pour la promotion du culte de Krishna, 42 rue des Pyramides »… (je passe les détails)… 42 rue des Pyramides : petites bâtisses et grande cour.
Les choses changeaient à vue d’œil : les gens étaient moins transparents, les arbres n’agressaient plus les passants, les montagnes avaient disparu. Je m’introduisais dans les locaux du C.P.C.K. et là… des couloirs encombrés d’obus, des stocks de masques à gaz, des bouteilles remplies de gaz rouge et, dans la cour, une énorme catapulte. Voilà le matériel. Les choses avaient repris leur aspect normal. Ce qu’il advint, suite à cette découverte, point n’est besoin de le raconter ici.
Les aveux spontanés des « arékrishnistes » ne se firent pas attendre : le gaz rouge est au LSD 25 ce que l’opium est aux gallias.
Rien n’était vrai.
Restaient les bombes, mais une déclaration du gouvernement nous apprit qu’il s’agissait d’erreurs de tir, condoléances aux familles des victimes, les responsables seront châtiés.
Les moines exotiques avaient simplement sauté sur l’occasion.
Les choses sont rentrées dans l’ordre, je pars en Bretagne samedi.
Voici mon adresse : J-P HEBERT Chez Marie BOURDON
La chapelle neuve 22160 Callac
Bonne bouffe, bon rretour, bon boulot, bon militantisme, bonne année
Jean-Pierre
PS : peut-être passerai-je fin juillet/début août. J’au vu Jacky hier : l’affaire du communiqué a l’air de susciter des remous. Les responsables sont apparemment DBDR et l’ex-OCL. Même leur exclusion n’effacerait pas la « responsabilité » collective…
[1] Hébert ne fait pas allusion à des tendances homosexuelles mais fait un jeu de mot concernant « Chromo », un de ses amis du XVème arrondissement, toujours hésitant et pinailleur dans les décisions de la cellule XVème + Vanves du petit groupe appelé « Gauche marxiste ».
[2] La mort de Chromo est dûe à la Vodka.
[3] Cénacle de fils à papa de la rue d’ULM dont les chefaillons Boutang et Finkielkraut recopiaient les thèses modernistes du « refus du travail » et du salaire étudiant des rigolos de Potere OperaIo et leur guru T. Negri. Nous avions refusé qu’ils viennent assiste à nos réunions, ils piaffaient croyant que la G.M. avait recruté beaucoup d’ouvriers (or il n’y avait que moi et le postier W.Marcus (dit Bremner) petit dictateur du groupe qui finira sa carrière permanent syndical à SUD, après la faillite opportuniste de la GM, en grande partie du fait de ses désidératas.
[4] Les « fafs » était la dénomination avec laquelle nous qualifions à l’époque l’extrême droite, composée surtout d’anciens de la guerre d’Algérie qui se nommaient Force d’Action Française.
[5] Rouflak était le surnom donné au chef autoritaire Bremner (W. Marcus) derrière son dos. IL arborait en effet des rouflaquettes dignes des personnages de Dickens, en fait cet individu se piquait de bien connaître les syndicalistes anglais dits shop-stewards (c’était la mode des « pattes » en BRitannie à l’époque, cela faisait « prolo révolté »).