Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 18:27


De Kommunismen, Danemark (Brochure Thèses de travail parues à l’occasion de la scission dans le Parti Communiste International, sept 1971 – Janvier 1972)

 

I. LES ASSOCIATIONS ECONOMIQUES DANS LE DETERMINISME HISTORIQUE :

1. D’après le marxisme révolutionnaire, toutes les organisations du prolétariat (conseils d’usine, syndicats, comités de grève, soviets, partis politiques, etc.) sont déterminés par leur pratique au cours des luttes et des attaques du prolétariat contre l’Etat capitaliste. C’est cela qui constitue le critère de l’appréciation que les marxistes portent sur ces associations – cette appréciation  ne peuvent en aucun cas reposer su des lois et des statuts formels.

2. Les organisations dites « ouvrières » ont participé à la centralisation de l’économie au cours de la guerre impérialiste ; elles en sont venues à armer directement les prolétaires dans les armées impérialistes, dans les fronts de la Résistance antifasciste et dans les corps francs anti-prolétariens de Noske. Elles ont donc choisi le parti de la contre révolution, le parti de l’Etat capitaliste.

3. Sous la domination de la contre révolution, il n’existe pas d’organisation qui puisse se dire « de classe », « ouvrière », ou « revendicative », c'est-à-dire ‘neutre’ dans le sebs déjà énoncé et combattu par la IIIème Internationale.

4. La fondation de l’Internationale Syndicale Rouge (Profintern) et le mot d’ordre de scission dans l’A.F.L. américaine furent l’expression incomplète du choix inévitable et nécessaire entre révolution et contre révolution, choix devant lequel furent placées toutes les organisations prolétariennes dans les pays impérialistes occidentaux. Ce fut donc en pleine contradiction avec la politique de fondation du Profintern et avec la tactique adoptée vis-à-vis de l’A.F.L. dans la première année de l’Internationale que l’on développa, pour les Unions allemandes le mot d’ordre d’intégration à l’A.D.G.B., et pour les communistes anglais, la tactique opportuniste consistant à faire de l’entrisme parlementariste dans le Labour Party, parti de la IIème Internationale et de la bureaucratie syndicale. Si l’entrisme dans l’A.D.G.B., dans le T.U.C., dans le Labour Party (et dans l’A.F.L. après le IIème congrès de 1920) tout aussi grave fut l’erreur consistant à pratiquer l’entrisme dans les coopératives « ouvrières ». En effet, dans les pays occidentaux ces organismes avaient un caractère uniquement mercantile et complètement aclassiste, et s’adonnaient généralement à des spéculations bancaires dans l’industrie de guerre.

Le mot d’ordre de « conquête » de ces organes de l’Etat bourgeois et de la contre révolution fut donc lancé en contradiction complète avec la conception marxiste de l’action économique et de l’organisation révolutionnaire des prolétaires. Cette tactique avait pour cause les mêmes erreurs démocratiques et illuministes que la Fraction Communiste Abstentionniste du P.S.I. reprocha au « parlementarisme révolutionnaire » de Lénine. En outre, ce mot d’ordre syndical était imprégné de ce trade unionisme (théorisé par De Leon) formaliste et gradualiste, dont la IIIème Internationale avait hérité du mouvement social démocrate du capitalisme réformiste ; trade unionisme qu’il est aussi dangereux de conseiller que le labourisme et l’économisme proudhonien. D’ailleurs ce dernier a également laissé ses traces, quoique dans une modeste mesure, dans les thèses sur le « contrôle ouvrier » de l’Internationale et de ses sections (par exemple, au 3ème congrès du Komintern en 1921 : « L’Internationale communiste et l’Internationale syndicale rouge » ; au 2ème congrès du P.C. d’I. en 1922 : « Le Parti communiste et les syndicats » de Gramsci et Tasca, chapitre « Le problème du contrôle ouvrier ».

5.  Sur le plan de l’organisation et de la lutte, la fondation des Unions allemandes (A.A.U.D., F.A.U. (G), F.A.U.D. (S), la fondation en Angleterre des comités de Shop Stewards  et de la « Confédération des Trois » (Freibund), et la reprise des Unions aux Etats-Unis (I.W.W., One big Union), furent l’expression de la scission politique des vieux syndicats et même de l’attaque révolutionnaire contre eux (Hambourg, Brême, 1919).

6. En conséquence, tirant la leçon apportée par les deux guerres mondiales impérialistes et par la période révolutionnaire 1917-1921/23, le Parti Communiste International, vis-à-vis des organisations soit disant « ouvrières » dans les métropoles impérialistes, se base sur le critère d’appréciation suivant : si ces organisations ne suivent pas une pratique agressive contre le capitalisme, elles sont du côté de la contre révolution et elles doivent être traitées comme des organes étatiques et politiques de la contre révolution.

II. BILAN COMMUNISTE DU ROLE ACTUEL DES SYNDICATS TRADITIONNELS

1. « Le mouvement économique et l’action politique de la classe ouvrière en lutte sont indissociablement liés entre eux » (Association Internationale des Travailleurs, 1871). Il n’y a pas de lutte de défense économique qui ne constitue en même temps une préparation politique. Sous l’impérialisme, toutes les luttes économiques tendent au passage immédiat à la lutte politique. Toute « action économique » compacte et agressive trouve immédiatement en face d’elle les organes « pacifiques » de l’Etat : syndicats, tribunaux du travail, commissions paritaires d’enquête, organismes sociologiques, etc. dont le rôle réel est de saboter et de détruire l’action prolétarienne. Cette confrontation entre les prolétaires et les organes du capital peut conduire à des amendes et peines de prison (Scandinavie, Pays de l’Est) ou à la bataille ouverte contre les organes armés de l’Etat (Stettin, Gdansk, Rosario, Granada, Avols, Battipaglia). La confrontation avec ces organes d’Etat, du syndicat à la police, est une confrontation politique, et sa tendance est la tendance à la révolution qui, à travers la grève générale totale, débouchera sur l’assaut armé contre l’Etat capitaliste.

2. Aujourd’hui donc, le rôle de l’agitation communiste est de montrer aux prolétaires le contenu révolutionnaire leur position antisyndicale et de leur révolte contre la discipline syndicale : destruction de l’Etat capitaliste et de ses syndicats antiprolétariens.

3. En conséquence, il faut combattre les illusions trade unionistes selon lesquelles il existerait encore dans les métropoles impérialistes des syndicats à direction opportuniste susceptibles d’être « conquis » par « la fraction communiste dans le syndicat », et d’être utilisée comme « courroie de transmission » du parti politique de classe.

4. S’il existe encore des associations économiques ouvrières à direction opportuniste, ce ne peut être qu’à la périphérie du capital (comme on en a vu pendant la Première Guerre et l’entre-deux guerres en Russie, Italie, Yougoslavie, Bulgarie, etc.). En fait, aujourd’hui, même dans les pays sous-développés, les « crises nationales », les guerres « locales », les putschs militaires, la répression continuelle contre le prolétariat, tout cela conduit les syndicats de ces pays au choix historique entre révolution et contre révolution, dans une époque où il n’y a pas de lutte révolutionnaire dans les métropoles impérialistes ; et la pratique de ces syndicats les amène à devenir des organes bourgeois, étatiques, souvent même ministériels.

5. En conséquence, le parti communiste dans les métropoles impérialistes doit montrer que le syndicat n’est pas à conquérir ; il doit préparer la classe à suivre sans hésitation sa propre tendance historique dans la période révolutionnaire : c’est la tendance à se donner une direction politique sur le plan du programme et sur le plan de l’organisation (le parti), c’est aussi la tendance à se battre dans une lutte armée internationaliste pour la destruction de tous les organes de l’Etat capitaliste et pour l’instauration de la dictature de classe du prolétariat ; dictature qui reposent sur ses organisations révolutionnaires et qui est dirigée par l’organe-parti, que le prolétariat s’est donné avant et pendant la bataille en rejoignant la ligne historique de son programme communiste.

6. Cette conception de la préparation politique est contenue sans équivoque dans le postulat marxiste, restauré par la Gauche italienne, selon lequel le processus révolutionnaire est fondé sur le rapport entre parti et classe, et n’est pas soumis à des prémices démocratiques qui exigeraient que le parti soit suivi par une majorité numérique d’ouvriers individuels. La revendication tarde-unioniste de la conquête du syndicat équivaut aujourd’hui dans le « meilleur » des cas à une vision démocratique du processus révolutionnaire, et dans le pire des cas, à une propagande traître pour maintenir les ouvriers emprisonnés dans ces organes contre révolutionnaires.

 

III. LES ORGANISATIONS DE LUTTE A VENIR DANS LA PERSPECTIVE COMMUNISTE

1. Dans ces dernières années, les organes de lutte ont sans doute pris un caractère local et limité dans le temps ; c’est là un des effets de la contre révolution, qui fait que l’action prolétarienne est pour l’instant limitée à des explosions brèves et sporadiques. Cependant ces organes de lutte ont eu la tendance à développer des formes qui, dans leur direction, peuvent être mises en parallèle avec les Unions révolutionnaires et les syndicats scissionnistes du passé (cf. France, Suisse, Hollande 1920-21).

2. Ces différentes formes – comités de grève (Suède, Belgique), comités d’usine (Pologne), syndicats scissionnistes (Argentine) – montrent que les vieilles faiblesses dérivant du localisme et de l’autonomisme peuvent se reproduire. La centralisation et l’organisation de l’action sont donc un problème d’aujourd’hui comme d’hier ; mais vouloir le résoudre par la conquête des vieux syndicats pour entrer ainsi en possession  d’une forme centralisée équivaut à vouloir chercher une solution complètement en dehors de l’histoire. La préparation de la coordination nécessaire est donc une tâche qui fait partie de l’agitation et du travail politique général de préparation politique à la charge du parti communiste.

3. C’est l’agressivité prolétarienne du mouvement réel qui constitue le critère pour notre intervention et notre travail, et non pas des analyses et des idéaux formalistes, puisque la révolution n’est pas une question de forme d’organisation. Les communistes travaillent donc dans les mouvements prolétariens en lutte, même si de tels organes sont condamnés à dégénérer, et par conséquent à être détruits par le prolétariat. Une forme quelconque peut par exemple surgir comme un produit mort-né d’un processus qui n’a pu échapper au contrôle complet de l’opportunisme (exemples : la majorité des Conseils d’ouvriers et de soldats en Allemagne en 1918, la C.O. de John Lewis aux USA en 1935/36. D’autre part, un comité de grève combatif au début de la lutte, peut devenir un mois après un frein réactionnaire pour le même mouvement (cf. Kiruna-Malmberget).

4. La dynamique et la violence de la révolution future et la plus grande clarté et précision du programme communiste (après plus de 25 ans de restauration de la doctrine) nous donnent de bonnes raisons de présumer que le mouvement révolutionnaire futur, en ce qui concerne la décision et la direction politique, suivra une ligne de programme et d’action  beaucoup plus clairement tracées, aussi bien par les expériences historiques des luttes grandioses du prolétariat en Russie et en Allemagne, que par la confrontation objective avec un ennemi historiquement dépassé. En effet, la bourgeoise à travers des décennies de contre révolution, de crises, de guerres impérialistes, a pu archi-compléter son rôle historique :

- abattre les rapports de production antérieurs et les classes qui leur correspondaient  (sur le plan national, comme sur le plan international) ;

- transformer pratiquement toute la production humaine en production capitaliste de marchandises ;

- mener à leur terme les rapports de production créés par le capitalisme dans sa phase réformiste et dans la première phase de l’impérialisme. Ce dernier est caractérisé par le rôle croissant de l’Etat comme rapport de production. L’Etat apparait comme une force toujours plus grande comme « das ideale Gesamtcapital » (le capital général en idée) selon l’expression d’Engels(Anti-Dühring), non seulement à cause de son rôle dirigeant de plus en plus prépondérant dans la circulation du capital et des marchandises, mais aussi à travers son contrôle toujours plus important de « l’organisation du capital variable », c'est-à-dire ^son contrôle du marché de la force de travail, facilité par l’intégration des organisations syndicales dans l’Etat.

L’œuvre de la Gauche italienne livre au mouvement prolétarien futur des armes bien plus tranchantes que celles avec lesquelles ont combattu les révolutionnaires du premier après-guerre. Ceci ne signifie pas que nous avons « les papiers en règle » avec le mouvement futur ; nous devons au contraire continuer à approfondir notre tâche de préparation révolutionnaire. Les formes de cette tâche sont :

-  l’agitation directe contre les partis et les syndicats traîtres ;

- la recherche marxiste sur la pratique suivie par la classe aux cours des grandes batailles révolutionnaires (par exemple dans l’Allemagne de 1919/21) ;

- la critique sévère à l’égard de la tactique syndicale parlementariste, entriste et plus tard frontiste appliquée par la IIIème Internationale – qui apparaît comme une fédération de courants révolutionnaires et qui, par conséquent, est l’expression, dans le bien comme dans le mal, de cette révolution internationale manquée.

IV. NOTE GENERALE SUR LES ORGANES PROLETARIENS INTERMEDIAIRES DU FUTUR

1. Les communistes doivent travailler avec la perspective de l’apparition d’organisations de lutte des masses prolétariennes, qui constitueront un dépassement politique des vieilles formes (syndicats professionnels sociaux-démocrates nés sous le capitalisme avec la tâche d’unifier la classe ; syndicats d’industrie établis maintenant par le capitalisme dans de nombreux pays hautement industrialisés).

2. « La tâche du parti dans les périodes défavorables et de passivité de la classe prolétarienne est de prévoir les formes et d’encourager l’apparition d’organisations à bute économique pour la lutte immédiate, qui, dans l’avenir, pourront prendre aussi des aspects entièrement nouveaux, après les types bien connus de ligue de métier, syndicat d’industrie, conseil d’usine et ainsi de suite. Le parti encourage toujours les formes d’organisation qui facilitent le contact et l’action commune entre les travailleurs des diverses localités et des diverses spécialités professionnelles, il rejette les formes fermées » (Thèses caractéristiques du Parti, 1951).

V. CONCLUSION

1. Déjà en 1919, la jeune Internationale a mis les syndicats devant le choix : pour la révolution, la dictature du prolétariat et la IIIème Internationale ou bien pour l’opportunisme, la collaboration de classes et le Bureau jaune et contre révolutionnaire d’Amsterdam. La contre révolution a pu déterminer le développement du passé, et avec la Seconde Guerre Mondiale impérialiste, tout lui a été soumis. La révolution déterminera le mouvement futur qu’on peut commencer à entrevoir dans la tendance des premières attaques prolétariennes.

2. Sur le Programme communiste du prolétariat est donc inscrit ceci :

- que naissent les organes de lutte de la révolution prolétarienne !

- destruction des organes politiques et syndicaux de la contre révolution.

 

COPENHAGUE       1er décembre 1971

Par Jean-Louis Roche
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